Au point de départ, il y a une idée fugace ou tenace, selon l'humeur du moment. Elle m'habite depuis un instant ou depuis une période plus ancienne, abuse de mon hospitalité et s'installe en moi comme par effraction : aussitôt se développent quelques images éthérées comme autant de rêves inachevés qui ne correspondront pas forcément à la vision que je fixerai sur le papier mais qui m'invitent, voire m'incitent à en exprimer une vision possible.

 

En effet l'aquarelle, pour moi, est synonyme d'abandon d'une part de soi, de reconstruction d'un paysage intérieur qui me dépasse et me nourrit. Les caprices de l'eau, le ravinement des pigments aident au délitement de la pensée rationnelle peu propice à la création. Alors tout est possible ou rien n'est possible. Il faut apprivoiser ou passer en force, ruser ou se soumettre, s'imposer ou douter.

 

L'idée préconçue subsiste comme simple canevas, appelée à évoluer au fil de l'élaboration du tableau et c'est ainsi que surgit peu à peu comme du tréfonds d'un subconscient anonyme, une image encore hasardeuse puis qui s'affine au gré d'une complicité retrouvée avec soi, de la reconnaissance d'un nouveau paysage intérieur que l'on fait à la fois sien et enclin à une certaine universalité.

 

Le langage alors devient dualité : le personnel tutoie l'impersonnel et vice versa.

 

Pour cette exposition à la Cure à Saint-Jean, j'ai choisi de vous parler de mes "énergies intérieures", celles qui me poussent à ce besoin d'expression, m'inclinent à faire vibrer, voire heurter les couleurs, à bousculer les formes, à prendre tous les risques car, sans risques, il n'y a pas d'art possible ................Ce choix s'est imposé à moi comme l'expression la plus aboutie à cette période de ma vie de peintre. Elle me guidera sans aucun doute tout au long de mon parcours car elle me correspond dans ce que je suis. Je me revendique intérieurement comme protéiforme, n'acceptant aucun code qui pourrait de près ou de loin me formater.

 

L'aquarelle, dans ce qu'elle a d'insaisissable, d'aléatoire, de changeant, d'imprévisible, d'énergisant ne pouvait que me faire signe à un moment de ma vie.

 

Alors qu'ai-je voulu transmettre avec ces "énergies intérieures"? Mes forces et mes faiblesses car les unes ne peuvent exister sans les autres. Mon appétit de la vie et ma peur de la mort. Ma jeunesse incorrigible et ma maturité indélébile.

 

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